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trouver un nègre pour écrire mes mémoires car Anaïs est morte

...
Elle avait douze ans la première fois...
X Anaïs

- J’avais l’idée qu’Anaïs écrirait cette fois totalement mes mémoires... C’était logique !

- Mais ce ne fut pas possible. Pauvre Anaïs, quel choc, de perdre une nana comme ça. On se souvient de tout, au crématorium. C’est vrai que la mort, je la connais. Mais même Adam, dont j’avais vu le corps complètement déglingué après ses huit tonneaux, Adam, mon grand frère, mon modèle, pour qui j’ai commencé dans le boulot, dans mon rôle de sentinelle, ça ne m’avait pas remué à ce point, causé les mêmes angoisses. Tout m’est repassé en tête... La première fois... Elle avait fêté ses douze ans la veille et pour la première fois rentrait seule du collège ; j’étais comme souvent le dos accolé à la porte de la cave, je fumais un joint, tranquille, elle est passée... et ce fut instinctif, l’instinct du chasseur qui se jette sur la proie, le bras gauche sous ses jambes, le droit sous son cou et la main qui l’empêche de crier. Elle s’est à peine débattue, elle n’a pas pleuré mais juste après, quand je l’ai aidée à se relever en lui souriant, avec des mots gentils "j’espère que tu t’en souviendras toute ta vie... j’espère que c’était aussi bon pour toi que pour moi... jamais une fille m’a fait cet effet... tu sais je te kiffe grave depuis des années... mais tu vois, j’ai su attendre que tu sois grande..." elle m’a envoyé, bien placé, le pire des coups de pied que jamais personne n’avait osé. Quelle force chez cette gamine ! Je ne suis pas tombé. J’ai même réagi en gentlemen, et c’est sûrement ce qui a noué la grande complicité que nous avons vécu durant les trois années suivantes "je l’ai peut-être mérité... maintenant, entre toi et moi, ce ne sera que douceur." J’ai passé le mot, personne ne devait la toucher ni l’embêter. Le lendemain, je lui offert un magnifique bracelet en or, que j’avais acheté en plus ! J’en avais pas à sa taille en stock. Elle ne m’a pas remercié ! « Tu crois que c’est suffisant pour ce que tu as fait ! » Voilà, c’était gagné, je savais comment signer la paix. Tout s’achète, tu sais. Alors elle a eu droit au collier et aux boucles d’oreilles, elle a souri, on l’a refait… Les meufs, il suffit d’y mettre le prix, sans les vexer. Elle a vécu des années comme pas une ne peut en espérer dans la cité... Même son sac d’école, y’avait toujours quelqu’un pour lui porter.

- Une rupture d’anévrisme, selon sa mère. Elle fut surprise de ma présence "auprès de la famille." C’est-à-dire à ses côtés. Je l’ai invitée au restaurant, elle a trop, beaucoup trop bu, elle ne tenait presque plus sur ses jambes quand je l’ai raccompagnée. Mais c’est un truc que je déconseille, de baiser la mère quand on vient d’assister à la crémation de la fille.

Le roman de la révolution numérique, de Stéphane Ternoise



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